Les actions de démonstration aident à fixer le cadre technique et réglementaire

AirLiquide station hydrogène

Le “carburant hydrogène” doit encore franchir de nombreuses étapes avant que ses spécifications et celles de sa distribution soient fixées dans un cadre normatif et réglementaire consensuel dont la priorité sera la sécurité des personnes et des biens.

Seuls une dizaine de pays au monde considèrent aujourd’hui l’hydrogène comme carburant, à titre exceptionnel ou dérogatoire, et à des fins de démonstrations spécifiques et limitées dans la durée. Il existe moins d’une centaine de stations d’emplissage, presque toujours privatives, et fonctionnant pour la plupart de manière très occasionnelle, loin des standards d’une station conventionnelle avec plusieurs centaines de pleins quotidiens par volucompteur. Ces dernières années ont connu une intensification indéniable des travaux, sous la poussée commune de constructeurs automobiles engagés, de développeurs de technologies (électrolyse ou reformage,compression, stockage...), ainsi que des industries concernées par la production, le transport et la distribution d’hydrogène carburant. Pour passer du stade de gaz industriel à celui d’une commodité accessible au grand public, le “carburant hydrogène” doit encore passer par de nombreuses étapes de validation, à commencer par la détermination de la nature et de la qualité d’hydrogène à fournir (liquide ou comprimé, niveau de pureté). Il s’agit ensuite d’identifier et de développer des technologies clés (production – en particulier sur le site de distribution, transport et stockage, méthodes d’emplissage rapide, interfaces véhicule). En outre, des cadres normatif et réglementaire communs devront être établis et appliqués, en intégrant au premier plan la sécurité des personnes et des biens. La normalisation des technologies hydrogène se fait en particulier au sein d’un groupe de travail ISO (TC 197), qui, outre les aspects liés à la sécurité, à la qualité de l’hydrogène, à sa production et son stockage, traite spécifiquement, depuis fin 2003, du thème des stations-service. Sachant qu’il faut au moins cinq ans pour introduire et adopter de nouveaux standards internationaux, on peut raisonnablement penser qu’un premier cadre normatif sera prêt en 2010, date d’introduction avancée par les constructeurs les plus optimistes, pour leurs premières préséries de véhicules à hydrogène. Une des conditions nécessaires à la création d’une infrastructure hydrogène sera alors établie.

Les années qui viennent devront être utilisées au mieux pour évaluer les nombreuses facettes de la filière hydrogène, en intégrant tous les acteurs de la chaîne. L’objectif est bien de disposer de toutes les informations requises (niveau de maturité des technologies et coûts associés, bénéfices environnemental et sociétal, acceptabilité) au moment où il conviendra de prendre des décisions qui pourraient s’avérer irréversibles. La Commission européenne, en réponse aux recommandations du Groupe de haut niveau constitué fin 2002, a décidé de préparer une “feuille de route” sur l’hydrogène, comme cela a été le cas au Canada ou aux États-Unis. Cette démarche concertée devrait permettre d’appréhender rigoureusement le cas de l’infrastructure hydrogène dans toutes les spécificités du contexte européen.

Source: Patrick Schnell et Philippe Mulard, Total, Paris

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