Une évaluation des risques et avantages pour les zones humides d’Afrique

Les zones humides constituent un lien vital dans le cycle de l’eau en Afrique

Les zones humides constituent un lien vital dans le cycle de l’eau en Afrique. Elles sont source de vie pour l’homme et la nature. Bien que les zones humides d’Afrique ne couvrent qu’environ 4 % de sa masse terrestre totale, elles conservent plus de la moitié des réservoirs d’eau douce à l’état liquide. Bon nombre de personnes dépendent directement des zones humides : les sols fertiles, la disponibilité d’eau douce et les réserves de poisson sont la base de leurs moyens d’existence. En outre, les zones humides africaines abritent une large gamme d’espèces et jouent un rôle essentiel pour les oiseaux migrateurs d’Europe et d’Asie. Cependant, en dépit de leur importance, les zones humides intérieures et côtières se perdent plus vite que n’importe quel autre écosystème.

Les aménagements hydro-agricoles, le drainage et la pollution prélèvent de plus en plus leur tribut. L’intérêt croissant pour les biocarburants pourrait intensifier les pressions sur les zones humides d’Afrique. Restée jusqu’ici sur la touche pour ce qui est de la production de matières premières destinées à la fabrication de biocarburants, l’Afrique est de plus en plus considérée comme le « poumon mondial », du fait de son climat favorable, de sa main-d’œuvre à bon marché et de ses ressources foncières abondantes. Cela soulève la question de savoir comment le développement des biocarburants affectera les zones humides africaines et leurs habitants.

La demande – à moyen terme – de biocarburants africains est incertaine. Le commerce international de biocarburants est limité et si les politiques commerciales et agricoles de l’Europe et de l’Amérique restent inchangées, le commerce international ne devrait pas connaître une augmentation sensible. Cependant, si le commerce international augmente, il est probable que le Brésil s’empare de l’essentiel du marché de l’éthanol ; le Brésil domine l’Afrique en ce qui concerne le prix de revient et le volume de production. Néanmoins, de nombreux pays africains ont l’intention de s’engager dans les biocarburants – pour l’exportation ou le remplacement des importations. Si ces intentions se concrétisent, les zones humides africaines pourraient être sérieusement menacées. De tous les biocarburants, la canne à sucre constitue la menace la plus directe.

Elle nécessite de grosses quantités d’eau, ce qui fait qu’elle est souvent cultivée dans des zones humides, provoquant leur conversion et leur dégradation. Le palmier à huile aussi peut être cultivé dans des zones humides, bien que ces sols offrent des conditions moins favorables. Dans les zones en amont, la conversion de la forêt tropicale pour la culture de palmiers à huile peut entraîner la sédimentation des zones humides. Les rejets d’effluents des huileries de palme peuvent gravement nuire à l’environnement. D’autres cultures telles que le manioc, le sorgho sucré, le maïs et le jatropha ou jatrophe poussent sur des sols plus secs, mais ont besoin d’irrigation pour être plus intéressantes au plan commercial. L’irrigation à grande échelle peut sérieusement appauvrir les ressources en eau qui alimentent les zones humides. En outre, l’expansion des biocarburants constitue des risques sérieux pour les populations locales.

Si la production a lieu dans des zones à forte densité de population, les communautés locales peuvent perdre leurs terres ou l’accès à l’eau, ce qui entraînerait des conflits fonciers et compromettrait l’autosuffisance locale. Cependant, la production de biocarburant peut aussi stimuler le développement économique à l’intérieur et autour des terres humides. L’ensemencement, l’entretien et la récolte seront probablement effectués manuellement, et cette forme d’emploi peut être assez substantielle. La transformation des cultures requiert un personnel plus qualifié et ajoute plus de valeur à la communauté locale. Les cultivateurs africains peuvent produire eux-mêmes des cultures destinées aux biocarburants et approvisionner les usines de fabrication d’éthanol ou les huileries de palme. Les besoins en terre pour la production de biocarburants en Afrique sont marginaux, par rapport aux disponibilités foncières. Les aires de production seront largement déterminées par le type de cultures, la production destinée au remplacement des importations ou à l’exportation, l’infrastructure disponible et la densité de population.

Il est fort probable que les zones humides focaliseront l’attention pour l’expansion de la production. Les zones humides africaines et les personnes qui en dépendent sont vulnérables. Il est essentiel de gérer prudemment l’expansion des matières premières utilisées dans la fabrication de biocarburants. Plusieurs conditions peuvent aider à atténuer les risques et promouvoir les avantages, notamment une planification efficace de l’utilisation des sols, des politiques détaillées en matière de biocarburants, des mécanismes d’imputabilité pour les producteurs, la sensibilisation et des pratiques de gestion agricole saines.

Source: Les biocarburants en Afrique, Une évaluation des risques et avantages pour les zones humides d’Afrique, Commandée par Wetlands International

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